Un Prince vaut mieux qu’eux

Peut-on décider de ce qui nous définit ?

Peut-on choisir de laisser entrer ces choses, ces gens, en nous, en ce que l’on est au plus profond. Les laisser changer cela. Pour quoi, pour qui, définitivement ?

Autant de questions me bousculent alors que je rentre dans mon appartement après une journée de travail, éreintée.

Il fut un temps où je rentrais chez moi avec la seule envie de m’installer chaudement dans un fauteuil, enroulée dans un plaid pour lire et boire une tasse de thé. Je ne pouvais pas le faire. Pourquoi ? Bah je vous le donne en mille : les responsabilités ! Il fut un temps, j’avais des responsabilités. Envers un autre être vivant que moi même j’entends. Oui j’étais responsable de cette bête à poils roux. Il m’en faisait voir de toutes les odeurs, il me faisait sortir dans le froid, sous la pluie, affronter la neige, la brume et les éclairs. Il me faisait affronter les gens, le monde, et le soleil matinal. Il me faisait affronter les sacs à cacas. Il me faisait affronter le regard des gens quand je n’avais pas de sac à caca. J’étais forcée de sortir dehors, dans la vraie vie. Et je n’aimais pas tout le temps ça. Mais j’aimais le voir courir à toute allure la langue pendue, ses oreilles dressées, tous ces muscles tendus pour attraper je ne sais quel rêve.

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Parfois c’était un rat, parfois un congénère, parfois il courait juste parce qu’il était fait pour ça. Il avait le regard expressif, le caractère d’un enfant de quatre ans, et des besoins qui nécessitaient que je prenne mes responsabilités. Oui mais. Putain. Y aura t-il toujours un mais au long de nos vies ? J’ai l’impression que je ne fais qu’enchaîner des périodes de bonheur illusoires suivis d’un « Mais ». Il fallait que je pense à lui, à ces besoins, à sa vie. Pour quoi laisser rentrer des choses en nous, qui finiront par nous grignoter jusqu’à nous tuer ? J’ai trouvé un chien dans mon jardin un jour en l’an de grâce 2009. On l’avait laisser là. Un laissé pour compte comme il en existe trop. Mais j’ai vu son regard sous ma fenêtre, et le lendemain il dormait sur le tapis. Depuis je ne l’ai jamais quitté. Jusqu’à ce que ces foutues responsabilités prennent le dessus. 6 ans de bons et loyaux services.

J’ai tout quitté plusieurs fois. Recommencé ma vie dans près de 5 villes, et le seul point commun à tout ces essais, c’était mon Prince. Il était là quand personne n’avait suivit. Il était là sur le quai des gares quand j’avais mon sac à dos trop lourd pour moi sur les épaules, ses énormes gamelles accrochées à une lanière du sac, côtoyant une paire de chaussures de marche. Il portait si bien son nom : Prince. Je n’aurais sûrement pas été capable de lui en trouver un si beau si je l’avais eu bébé. Il avait deux ans quand il est devenu mon chien. « Mon » … Je dis « mon » mais il n’était pas ma propriété, l’humain ça à des tendances à tout s’accaparer, mais il était comme vous et moi, il n’appartenait qu’à lui même. On a jamais vu un animal de compagnie traiter avec autant d’amour putain, les responsabilités, ça vous fait faire des trucs cons. Si j’avais su … Est-ce que j’aurais laissé rentrer ce chien dans ma vie ? Pour qu’il change ça ? Serais-je encore là s’il n’avait pas été là chaque jour pendant ces six longues années ? Tant de questions sans réponses. La seule réponse que j’ai trouvé ce soir en rentrant dans mon appartement c’est qu’aujourd’hui était un jour où je pourrais m’installer confortablement dans un fauteuil et m’enrouler dans un plaid sans poils de chien afin d’y lire un livre sympa.

Oui mais je n’avais pas envie. Ce soir j’avais envie de sortir mon chien. J’avais envie de le voir courir partout, de le voir souffler et faire pendre sa langue comme un gros dégueulasse sur le tapis, j’avais envie de nettoyer le sol qu’il aurait sali en rentrant de la sortie pipi. J’avais envie de lui enlever son collier et de lui gratter le ventre comme il aimait. Ce soir j’avais envie de sa présence plus que n’importe quoi. Et je n’ai plus que son collier, dans un appartement sans poils de chien, sans odeur de pet infect, sans paquet de Pedigree trônant dans la cuisine. C’est con parfois l’humain. « Mon animal de compagnie » c’est tellement réducteur. Il était bien plus que ça.

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Puis-je encore décider ce qui me définit ? Puis-je encore choisir de ce que je fais rentrer dans ma vie ? Puis-je décider du poids que je donne aux choses ? Puis-je décider d’alléger ma peine en prenant de nouvelles responsabilités ? J’étais en train de me faire couler du café quand je me disais que le manque nous fais vraiment faire des choses bêtes dans la vie. Je remplis la mienne de connerie innombrables, alors que la seule chose qu’il me faudrait réellement ce serait lui. Il fut une époque où je n’avais que lui. Je le faisais se balader, je le nourrissais, je le câlinais … je le photographiais … Et c’était pour continuer à le faire que je survivais … Aujourd’hui en mettant deux carrés de sucre dans mon café, je me demande pour quoi, ou pour qui, je survis. « Plus je connais l’homme, plus j’aime mon chien. » à dit Germaine de Staël, sainte femme. Plus mon chien me manque, moins j’aime les hommes.

Il fut un temps, j’avais un chien, aujourd’hui je n’ai plus que moi. Et je ne suis pas facile à vivre.

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5 commentaires sur « Un Prince vaut mieux qu’eux »

  1. Eh bien tu vois, tu le ressens non ? Ce n’est pas du tout comparable avec la plupart de tes textes, en terme de qualité technique bien sur. Il y a beaucoup moins de conneries par exemple, encore deux ou trois erreurs, car rien n’est jamais parfait, mais beaucoup moins de merde qui servent à rien, et des piste à venir, comme affirmer encore davantage le côté responsabilité, l’opposition etc. Le tout en gardant la même émotion. Qui n’est pas du tout triste ou cafardeuse mais plus dans l’hommage. Et puis aussi, il faut toujours faire très attention avec ce genre de texte, hommage à mon animal, ça peut vite devenir oups trèsssss…. Tu t’en tires plutôt pas mal. Et merci aussi pour la dernière phrase.Tu nous a épargné de pas mal d’horreurs. Elle est excellente !! Range-le et dans deux semaines tu reprends ça 😉

    Alors maintenant que tu as fait ça ? Est-ce que tu peux aussi comprendre un peu mieux ce que je racontais l’autre jour quand l’autre idiot orgueilleux débordant de suffisance m’ait tombé dessus. Maintenant que t’es allée voir un petit peu profondément ce que c’est que de partager sa vie avec un chien, ce qu’est cette responsabilité, le jour ou t’écriras un truc en SFFF avec un héros qui aura un perroquet ou un troll de compagnie, je parie que tu l’écriras bcp mieux qu’avant hier 😉

    Aimé par 1 personne

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