Façade

En réponse au prompt du Daily Post d’aujourd’hui  » Façade « . Je vous présente un texte écrit cet été, à la base en réponse à un AT mais qui n’a jamais donné suite, alors voilà, au moins il à un petit coin qui lui sera réservé ici. Au plaisir de lire vos commentaires ou remarques 😀

leon-herschtritt

( photographe Léon Herschtritt )

Aujourd’hui, j’ai réfléchi et découvert une chose (intéressante) sur ma qualité d’humain. Aujourd’hui j’ai compris que je ne saurai jamais qui je suis avant d’être confronté à ma mort. Le chat se mord la queue car alors je ne serai plus là (physiquement) pour me l’expliquer. Partant du postulat que jamais je ne pourrais répondre à cette question de mon vivant, est-ce bien utile de me questionner si souvent ? C’est vrai, la réponse évolue perpétuellement, le seul jour où x étant un inconnu deviendra connu sera celui de mon trépas. Pourquoi tant m’en soucier ?

La galerie d’art me l’a demandé. Voilà pourquoi. Je leur ai répondu « Je suis Théo Simenon, né en Auvergne en 1987, photographe depuis six ans. », mais cela ne les a aucunement convaincus. Ils m’ont dit « lorsqu’on expose des œuvres les visiteurs raffolent en apprendre plus sur l’artiste, c’est dans ton intérêt de présenter ton travail sous le meilleur angle. C’est ton devoir d’artiste de satisfaire leur curiosité, les biographies servent aussi à se démarquer ! ». Alors j’ai gambergé : que dire à mon public pour qu’il se sente repu d’informations ? Je n’ai rien trouvé de très élégant à raconter, ni de très drôle. Avouant ceci à la galerie d’art par mail, ils m’ont répondu que c’était non négociable : les gens voudront savoir qui est ce Théo Simenon qui déborde de talent ! (Rien que ça) Alors, j’ai encore réfléchi.

J’ai griffonné dans un carnet plusieurs petits paragraphes quasiment similaires.

« Théo Simenon. Photographe auvergnat de 29 ans vivant entre Paris et Rome. Quittant prestement les études, il s’est consacré très jeune à sa passion : la photographie. Il aspire aujourd’hui à une renommée conséquente grâce à ses premières expositions. »

J’ai fini par envoyer une version au hasard. La réponse tint en quelques mots : « Vous n’auriez pas quelque chose de moins impersonnel, de plus aguicheur ? »

(De plus aguicheur ?)

J’ai médité et une image m’est apparue. Un panorama sans fin, un champ de marguerites en fleurs. Qu’est-ce qui détermine que mon regard sera attiré par cette marguerite-là et non sa voisine, ou d’autres qui l’entourent ? Est-elle plus aguicheuse ? Plus grande ! Ou alors elle a plus de pétales ? Le jaune en son centre est-il plus vif ? Pourquoi elle ?

Je commence à comprendre la galerie d’art. Je suis obligé de me vendre, de vanter mon talent, sinon comment émerger de ce champ de marguerites sans me faire passer pour une tulipe ?

Aujourd’hui on me pose une question : qui suis-je ?

La vérité ? Je n’ai pas de réponse. Je n’en aurai certainement pas plus demain, ni le mois d’après, pourtant je ne dois pas me permettre de rendre copie blanche. (Aucune échappée, dire qui je suis.) Moins impersonnel, plus aguicheur… Mais mon métier n’est pas d’écrire ! Enfin… Essayons !

« Je suis Théo Simenon, presque la trentaine, je n’ai pas étudié l’art que je pratique. Néanmoins je me considère comme un avant-gardiste, rempli de réflexions sur le monde et l’humanité que j’exprime à travers mes clichés. J’espère avoir plus qu’un regard, plus qu’un talent, j’espère avoir une vision unique qui vous interpellera, qui que vous soyez. » Je relis. C’est un poil hautain. Mais c’est surtout du mensonge ! Brut. Sans vergogne. En envoyant ça, je serais un menteur. Ah, fabulateur, ça me définirait, j’aurais donc trouvé un début de réponse à l’Ultime question ! Si j’envoie ça, je serai cette marguerite déguisée en tulipe rouge au milieu du champ. Les artistes et leur ego ! Sait-on jamais, je pourrais aussi être une marguerite dans un champ de tulipes si je me tais.

Je réfléchis encore. Intensément. Je fais un autoportrait les yeux clos.

J’ai retouché, grâce à l’ordinateur, la photo en noir et blanc avant d’écrire deux lignes qui traversent mon visage de gauche à droite en italique.

« Je m’appelle Théo Simenon et je ne sais pas qui je suis. Peut-être en apprendrai-je davantage à travers vos yeux. Me regarderez-vous ? »

La galerie d’art l’a acceptée, et m’a félicité pour mon originalité. (Je suis une tulipe !)

 

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